« Quand le corps devient le lieu de la faute. »
When the body is made the place of sin
Une femme entre, défait ses cheveux, baigne de larmes les pieds de Jésus et les essuie de sa chevelure. L’évangile de Luc ne la nomme pas — il dit seulement : une pécheresse. Cinq siècles plus tard, on lui prêtera un nom qui n’était pas le sien : Marie Madeleine.
Voilà la blessure de la Pénitente : avoir vu son corps érigé en preuve de sa faute. La messagère de la Résurrection — celle qui voit la première — fut recouverte d’une autre figure, celle de la femme honteuse qui se rachète. Non par ce qu’elle a fait, mais par ce qu’on a décidé qu’elle était.
« Elle se tint derrière lui, à ses pieds, pleurant ; elle se mit à arroser ses pieds de larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux. »
Évangile de Luc 7, 37-38 — la pécheresse anonyme à qui l’on donnera son visage
Le vendredi de Pâques 591, à Rome, le pape Grégoire le Grand prononce une homélie qui durera mille quatre cents ans : il fond en une seule femme Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse de Luc.1,2 La première témoin devient la prostituée repentie. L’Église romaine ne reviendra sur cette confusion qu’en 1969, quand la réforme de Paul VI cessera de la fêter comme « pénitente » pour la nommer « disciple ».3
Je ne suis pas venue à Marie Madeleine par les livres. Je suis venue par les pieds.Céline
De cette confusion naît une image qui hantera l’art occidental : la Madeleine au désert, vêtue de ses seuls cheveux, un crâne entre les mains — la vanité, le temps qui défait la beauté.4 La Légende dorée de Jacques de Voragine lui prête trente ans de pénitence à la Sainte-Baume. Le corps de la femme, sa chevelure, sa beauté : tout devient signe de la faute à expier.
Le chemin de cette étape épouse exactement ce thème. À Conques, le tympan du Jugement dernier (vers 1120, cent vingt-quatre figures) sépare élus et damnés au-dessus de la porte.5 À Rocamadour, les pénitents gravissaient — gravissent encore — les 216 marches à genoux, un Ave à chaque degré, jusqu’à la Vierge noire.6 Marcher cette étape, c’est traverser le pays même de la pénitence. (Voir la chronologie ci-dessous.)
Mille quatre cents ans pour défaire une confusion. Le fil tient — la faute n’était pas la sienne.
Extraits en accès libre — l’intégrale (podcast + carnets vidéo de l’étape) dans l’espace Magdalas.
L’archétype développé, la Question Magdala et l’épigraphe sont réservés aux Magdalas — comme les traces GPS, l’hébergement, le détail des 15 étapes et les médias intégraux.
Rejoindre les Magdalas« Quelle faute t’a-t-on appris à porter dans ton corps ? »
— la honte que d’autres ont nommée à ta place
Elle ne fut jamais la prostituée. La pécheresse de Luc n’a pas de nom ; on lui prêta celui de la Madeleine en 591. Mille quatre cents ans d’une confusion que Rome elle-même a reconnue en 1969.
La blessure : le corps de la femme, sa chevelure, sa beauté érigés en preuve du péché. La honte qu’on intériorise jusqu’à la prendre pour la sienne.
De la honte imposée au chemin choisi. À Rocamadour, le pénitent gravit l’escalier à genoux : la faute devient ascension. Reprendre son corps comme on reprend la route.
Dilexit multum.
Elle a beaucoup aimé. — et c’est cela, non la faute, qui demeure (Luc 7, 47).
Devise · La Pénitente · dilexit multum
1 Évangile de Luc 7, 36-50. — 2 Grégoire le Grand, homélie XXV (vendredi de Pâques, 591, Rome) : CathoBel ; RCF. — 3 Réforme du calendrier romain, 1969 (Paul VI) : Wikipédia — Marie Madeleine. — 4 Iconographie de la pénitente (désert, cheveux, crâne) ; Légende dorée, J. de Voragine : Wikipédia — Marie-Madeleine pénitente. — 5 Tympan du Jugement dernier, Conques (v. 1107-1125, 124 figures) : Office de tourisme de Conques. — 6 Rocamadour, escalier des pénitents (216 marches) et Vierge noire : Sanctuaire de Rocamadour. Devise « Dilexit multum » = Luc 7, 47.
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