« Partir n’est pas fuir. C’est survivre. »
To leave is not to flee. It is to survive
Une barque sans voile, sans rame, sans gouvernail. Dedans, des femmes, un mort revenu à la vie, une servante. On les a poussés à la mer pour qu’ils s’y perdent. Ils n’avaient rien choisi : ni le départ, ni la route, ni le rivage. C’est ainsi, dit la tradition provençale, que Marie Madeleine serait arrivée jusqu’ici — non par la conquête, mais par l’exil.
Il faut le dire d’emblée : ceci est une légende, non un fait d’histoire. Aucun document du premier siècle ne raconte une traversée de la Méditerranée. Le récit naît bien plus tard, en Provence, et se fixe au XIIIᵉ siècle.1 Mais une légende n’est pas un mensonge : c’est une mémoire qui a pris la forme d’une image. Et l’image, ici, est celle de l’exil — de ceux qu’on chasse, qu’on embarque de force, et qui survivent.
« Les infidèles les jetèrent sur un vaisseau, sans personne pour le diriger, espérant qu’ils seraient tous noyés ; mais le bateau, conduit par la grâce divine, aborda heureusement. »
Jacques de Voragine, La Légende dorée (v. 1260) — l’embarquement forcé des disciples · légende
Selon la Légende dorée, après l’Ascension, les chrétiens chassés de Terre sainte sont mis de force sur une barque livrée aux courants : Marie Madeleine, Lazare le ressuscité, Marthe sa sœur, Maximin, et d’autres encore.1 La tradition camarguaise ajoute deux figures — Marie Jacobé et Marie Salomé, « les saintes Maries » — et leur servante Sara.2 Trop âgées pour repartir, les deux Maries demeurent sur la plage avec Sara, à l’endroit qui prendra leur nom : les Saintes-Maries-de-la-Mer.
J’ai marché vers la mer comme on rentre. Mais ce rivage n’était pas le mien — c’était celui qui m’accueillait.Céline
Le chemin de cette étape longe ce que la barque, dit-on, aurait frôlé. À Maguelone, une cathédrale romane se dresse sur une ancienne île, qu’on n’atteignait jadis que par bateau ; siège d’un évêché depuis la fin du VIᵉ siècle, elle fut, mille ans durant, une presqu’île entre mer et étang.3 À Aigues-Mortes, c’est l’inverse de l’exil subi : un port voulu, bâti par Louis IX à partir de 1240 pour s’embarquer vers les croisades.4 Deux manières de partir — l’une qu’on choisit, l’autre qu’on endure.
Au terme, les Saintes-Maries-de-la-Mer : une église fortifiée des XIᵉ-XIIᵉ siècles, dressée pour abriter les reliques — et les habitants — des incursions sarrasines.5 Le culte des saintes Maries y est attesté dès le Moyen Âge ; en 1448, le roi René fit fouiller le sol pour y retrouver leurs corps.6 Et chaque 24 et 25 mai, des dizaines de milliers de Roms, Manouches et Gitans y viennent honorer Sara la Noire, leur patronne, portée en procession jusqu’à la mer.2 (Voir la chronologie ci-dessous.)
D’un naufrage évité à une fête de l’accueil. Le fil tient — celle qu’on chasse devient celle qu’on attend.
Extraits en accès libre — l’intégrale (podcast + carnets vidéo de l’étape) dans l’espace Magdalas.
L’archétype développé, la Question Magdala et l’épigraphe sont réservés aux Magdalas — comme les traces GPS, l’hébergement, le détail des 10 étapes et les médias intégraux.
Rejoindre les Magdalas« De quel exil as-tu fait une terre ? »
— le rivage qu’on n’avait pas choisi, et qui pourtant devient maison
On n’a pas fui : on a été embarqué de force, sans rame ni voile. L’exil n’est pas une lâcheté, c’est ce qui reste quand on vous chasse. Partir, ici, fut le seul moyen de ne pas mourir.
Entre deux rives, la traversée : l’entre-deux où l’on n’est plus d’ici ni encore de là-bas. La Méditerranée porte la barque comme elle porte, depuis toujours, ceux qui partent vers l’inconnu pour vivre.
Le rivage qui accueille fait d’un naufrage une fondation. Aux Saintes-Maries, l’étrangère devient la sainte qu’on attend ; Sara, la servante venue d’ailleurs, devient patronne. Être reçu : c’est cela, survivre.
Sine remis, non sine spe.
Sans rames, mais non sans espérance. — partir n’est pas fuir : c’est survivre.
Formule proposée · L’Exilée · sine remis, non sine spe
1 Jacques de Voragine, La Légende dorée (v. 1260) — embarquement forcé des disciples « sur un vaisseau sans personne pour le diriger » et arrivée par la grâce divine ; texte intégral : Wikisource — La Légende dorée, Sainte Marie-Madeleine. Légende, non récit historique. — 2 Sara la Noire (Sara-la-Kali), servante des saintes Maries, patronne des Roms et Gitans ; pèlerinage des 24-25 mai aux Saintes-Maries-de-la-Mer, forme actuelle fixée vers 1935 (marquis Folco de Baroncelli) : Wikipédia — Sara la noire ; Les Quatre Maries — le pèlerinage des Gitans. — 3 Cathédrale Saint-Pierre de Maguelone, ancienne île, évêché attesté dès la fin du VIᵉ siècle, presqu’île entre mer et étang : Wikipédia — Cathédrale de Maguelone ; Hérault Tourisme. — 4 Aigues-Mortes, port fondé par Louis IX à partir de 1240 ; embarquements pour la 7ᵉ croisade (1248) et la 8ᵉ (1270) : Office de tourisme d’Aigues-Mortes ; Tours et remparts d’Aigues-Mortes (CMN). — 5 Église Notre-Dame-de-la-Mer (Saintes-Maries-de-la-Mer), église fortifiée des XIᵉ-XIIᵉ siècles bâtie contre les incursions sarrasines : Wikipédia — Église Notre-Dame-de-la-Mer. — 6 Culte des saintes Maries au Moyen Âge ; fête fixée au 25 mai par Benoît XII (1343) ; fouilles ordonnées par le roi René (1448) : Wikipédia — Les Saintes-Maries-de-la-Mer ; Villes Sanctuaires — Saintes-Maries-de-la-Mer. Géographie du littoral et des étangs de Port-la-Nouvelle : Wikipédia — Port-la-Nouvelle. Formule « Sine remis, non sine spe » = devise proposée pour ce visage (composition Via Magdalena, non citation historique).
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