« Elle nous parle encore, malgré tout. »
She still speaks to us, despite everything
Une barque sans rame, sans voile, sans pilote, jetée à la mer par ceux qui voulaient la faire taire. Elle aborde, dit la légende provençale, sur le rivage de Camargue. Et la première chose que fait cette femme, à peine débarquée, c’est de se lever et de prendre la parole — au seuil d’un temple, devant des païens, à Marseille.
Voilà le sixième visage : la Prédicatrice. Non plus la pécheresse qu’on a inventée, mais celle qui annonce — comme elle annonça la première la Résurrection au matin de Pâques. La tradition occidentale, née entre le IXe et le Xe siècle, conduit Marie Madeleine jusqu’au sud de la Gaule et lui confie une mission : convertir la Provence par la seule force de sa parole.1
« Lorsque Marie Madeleine vit les païens se rendre dans leur temple pour sacrifier aux idoles, elle se leva, le visage calme, se mit à les détourner du culte des idoles et à leur prêcher le Christ. Et tous l’admirèrent, autant pour son éloquence que pour sa beauté. »
Jacques de Voragine, La Légende dorée, « Sainte Marie-Madeleine » (XIIIe s.) — tradition
Dans le récit de Jacques de Voragine, la scène se prolonge. Par sa prédication, Madeleine dissuade le chef de la province de sacrifier aux idoles ; elle lui obtient, par sa prière, l’enfant qu’il n’avait pu avoir ; et lorsqu’il la défie — « Te crois-tu en état de défendre la foi que tu prêches ? » —, elle répond sans trembler qu’elle est prête à défendre une foi « fortifiée tous les jours par les miracles et la prédication ».2 Marseille détruit alors ses temples, puis Madeleine et ses disciples gagnent Aix et y convertissent le peuple. La femme prêche, et la Provence se convertit.
Je ne suis pas venue à Marie Madeleine par les livres. Je suis venue par les pieds.Céline
L’éloquence de cette femme, écrit Voragine, « n’avait rien de surprenant dans une bouche qui avait touché les pieds du Seigneur ».2 La phrase est plus radicale qu’elle n’en a l’air : dans une Église où, depuis Paul, il était demandé aux femmes de se taire dans les assemblées, la légende provençale fait d’une femme la première voix qui annonce le Christ aux Gaules. La Prédicatrice, c’est la parole de femme rendue légitime par la seule autorité de l’amour.
Le chemin de cette étape épouse ce thème, de seuil en seuil. À Marseille, le port où, selon la tradition, la barque aborda et où s’éleva la première prédication. Puis, par les chemins de Provence, jusqu’à Saint-Maximin : c’est là qu’en 1279 Charles II d’Anjou fait « retrouver » les reliques de la sainte ; la découverte, reconnue par le pape Boniface VIII, est confiée à la garde des dominicains et détourne vers la Provence le grand pèlerinage médiéval.3,4 Marcher cette étape, c’est suivre la parole d’une femme jusqu’au lieu qu’on a bâti pour l’abriter. (Voir la chronologie ci-dessous.)
D’une parole interdite à un grand sanctuaire. Le fil tient — la voix d’une femme a fait lever des pierres.
Extraits en accès libre — l’intégrale (podcast + carnets vidéo de l’étape) dans l’espace Magdalas.
L’archétype développé, la Question Magdala et l’épigraphe sont réservés aux Magdalas — comme les traces GPS, l’hébergement, le détail des 11 étapes et les médias intégraux.
Rejoindre les Magdalas« Quelle parole, en toi, continue de parler malgré l’interdit ? »
— la voix qu’on a voulu faire taire et qui demeure
« Que les femmes se taisent dans les assemblées. » On a longtemps refusé à la femme le droit d’annoncer. Pourtant la tradition provençale place dans une bouche de femme la première prédication des Gaules — celle que l’on a voulu inaudible.
Elle annonça la première la Résurrection ; elle prêcha, dit la légende, le Christ à Marseille. La Prédicatrice est cette parole de femme qui traverse les siècles, recouverte mais jamais éteinte — toujours debout au seuil du temple.
De la voix interdite au grand sanctuaire de Saint-Maximin, un fil tient. Marcher cette étape, c’est rendre sa voix à celle qu’on a fait taire — et oser, à son tour, la parole que l’on porte malgré tout.
Et praedicabat Christum.
Et elle leur prêchait le Christ. — la femme qui, malgré tout, prit la parole (d’après La Légende dorée).
Formule proposée · La Prédicatrice · la parole qui demeure
1 Tradition occidentale de la venue de Marie Madeleine en Provence (Saintes-Maries-de-la-Mer, Marseille, la Sainte-Baume), apparue entre le IXe et le Xe siècle : Sanctuaire de la Sainte-Baume ; Chemins des Saintes et Saints de Provence. — 2 Jacques de Voragine, La Légende dorée, « Sainte Marie-Madeleine » (XIIIe s.) — prédication à Marseille, conversion du chef de la province et d’Aix : texte intégral Wikisource ; mariemadeleine.fr (PDF). — 3 Invention (« redécouverte ») des reliques à Saint-Maximin en 1279 par Charles II d’Anjou, reconnaissance par le pape Boniface VIII, garde confiée aux dominicains ; « troisième tombeau de la Chrétienté » : Wikipédia — Basilique de Saint-Maximin. — 4 Construction de la basilique gothique (à partir de 1295) et rôle des dominicains, sanctuaire majeur de Provence : Guide Sainte-Baume ; Diocèse de Fréjus-Toulon. Légende « Et praedicabat Christum » = d’après La Légende dorée (« elle leur prêcha le Christ »).
Marcher avec nous
Laisse-toi trouver par ce que tu cherches.
Les 100 premières femmes et les 100 premiers hommes entrent au registre des Pionnières & Pionniers — pour toujours.