« Le visage qu’on lui donne est toujours le nôtre. »
The face we give her is always our own
On l’a peinte plus que toute autre femme après la Vierge — et connue moins que personne. Témoin, pénitente, apôtre, exilée, ermite… chaque siècle lui a donné le visage dont il avait besoin. La Via Magdalena suit ces neuf visages, de la colline de Vézelay au seuil de La Maddalena — près de 3 000 kilomètres à pied.
Chaque visage est une étape du chemin. Commencez par le premier — ou entrez par celui qui vous appelle.
Vézelay, la colline qui inventa son témoin.
Le corps fait faute : l’invention de la pénitente.
Celle qu’on envoie, puis qu’on tait.
Le pays cathare : une vérité réduite au silence.
La barque sans rames : arriver vivante.
Marseille : la femme qui prêcha.
La Sainte-Baume : trente ans de silence.
La Turbie : l’empire qui grave l’oubli.
La Maddalena : le seuil qui n’en finit pas.
En 591, une homélie de Grégoire le Grand fond en une seule femme la sœur de Marthe, la pécheresse anonyme et Marie de Magdala : la pénitente était née, et tiendra mille ans. Pourtant les évangiles la nomment d’abord témoin — la première à voir le tombeau vide, celle que les Pères appelaient déjà apostola apostolorum, l’apôtre des apôtres. En 2016, Rome élève sa mémoire au rang de fête et lui rend ce titre.
Entre ces deux dates, chaque siècle a peint la sienne : repentie, amante, hérétique, exilée, ermite, revenante. La Via Magdalena ne tranche pas : elle marche ces neuf visages l’un après l’autre, et laisse à chacun le soin de reconnaître, dans l’un d’eux, un peu de lui-même.
Marcher vers elle, c’est marcher vers la part de soi qu’on a recouverte.
Céline Anaya Gautier · fondatrice